La Ruche, le réseau en action des femmes francophones de Shanghai 

21 septembre 2016 – Rencontre avec Sarah Calestroupat, fondatrice et directrice de The Midwifery Center (TMC)

27 septembre 2016

Le 21 Septembre 2016, nous avons eu le grand plaisir de recevoir à La RUCHE Sarah Calestroupat, fondatrice et directrice de The Midwifery Clinic (TMC), premier centre périnatal independant à Shanghai.
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Une formation axée sur les grossesses à haut risque à l’hôpital Port Royal-Cochin ; un engagement militant nourri au sein du Planning familial et du Samu social, une vie parisienne rythmée par l’adrénaline des nuits de garde aux urgences de l’hôpital Bichat… Sarah nous parle de son métier avec passion, elle est sage-femme.

Un métier qui offre un champ d’exercices passionnant en France ou les notions de prise en charge globale du patient et de complémentarité entre chaque membre de l’équipe médicale sont incarnées dans la pratique quotidienne. Comment des lors exercer en Chine ce métier qui n’a aucun équivalent ?

Après une année de relation à distance, Sarah s’est finalement décidée à rejoindre son compagnon, Damien, installé à Shanghai pour tenter de répondre à cette question.

Ceux sont les cliniques internationales qui se sont empressées de lui fournir des réponses. Une sage-femme occidentale pour rassurer les patientes – et leur présenter les packages de la clinique, voilà un profil idéal… de commerciale ! Sarah se saisira pourtant de ce poste de « Consultante périnatale » bien décidée à exercer son métier malgré tout. La loi chinoise lui interdit de toucher ses patientes ? Qu’à cela ne tienne, elle exercera « sans les mains » : accompagnera, conseillera, soignera par la parole. Préparer l’arrivée d’un bébé n’est pas qu’un parcours d’examens. C’est une somme de questions tant métaphysiques que pratico-pratiques qui, sans réponse, génèrent un stress facteur de complications. Sarah est intarissable sur ce sujet qu’elle illustre en évoquant une patiente dont les contractions prématurées ont cessé après qu’elle ait pris le temps de lui expliquer sa situation.

Au cœur du système médical chinois et de ses hôpitaux internationaux Sarah découvre qu’un espace de parole libre est bien difficile à défendre. Méfiance des médecins qui ne comprennent pas le principe d’informer leurs patients ; contradiction entre les recommandations internationales et les croyances traditionnelles encore suivies à la lettre ; et enfin conflit d’intérêts lorsque l’expertise requise pour un cas particulier se trouve dans la clinique concurrente.

Mais c’est loin d’être le seul défi de Sarah qui découvre un système médical ultra hiérarchisé et tétanisé par la peur du procès. Sarah va ainsi se battre pour former les infirmières et susciter du dialogue entre les équipes. Non sans connaître des impairs ! « J’ai découvert plus tard, en suivant une formation de La Ruche sur les différences culturelles, la notion de face et à quel point mon attitude a du parfois heurter les médecins ».

Elle mènera ces chantiers complexes avec un seul moteur : faire évoluer l’accompagnement des futures et jeunes mamans ! Mises-en place de protocoles, remises-en cause de certaines décisions, Sarah va ainsi bousculer les codes et repousser les limites du champ d’action qui lui était octroyé.

C’est cette quête d’indépendance qui la conduira finalement à ouvrir sa propre structure. Deux ans plus tard c’est ainsi l’aventure entrepreneuriale qui commence ! Une aventure pensée et menée en couple avec son partenaire Damien, co-fondateur.

Un budget ridiculement bas, un peu de candeur et énormément d’enthousiasme, c’est ainsi qu’ils se sont lancés dans ce qui deviendra The Midwifery Clinic !

Première étape trouver l’endroit. Le cadre parfait est trouvé sur Dagu Lu malheureusement les murs restent à monter… Deuxième étape donc, s’improviser architecte d’intérieur ! Et maçon par la même occasion car il n’y a pas de temps à perdre, le loyer coute déjà cher. Dans le même temps Sarah et Damien auront dû apprendre à faire un business plan et à naviguer dans la zone grise de l’administration chinoise pour obtenir des bonnes licences. Pendant les 6 mois d’insomnie que durera le lancement du projet, ils ont chacun continué d’exercer leur propre métier tout en jonglant avec d’innombrables casquettes : webdesigner, comptable… Ayi!

Avec le recul elle concède « Si on avait su à quoi s’attendre on ne se serait probablement jamais lancé là-dedans ». Pourtant, comment regretter quand on voit le résultat après 6 mois d’ouverture : une très jolie Clinique dans un espace vert, 4 collaboratrices – une kinésithérapeute, une Nutritionniste, un professeur de Yoga et un de Pilate – et un agenda bien rempli !

Mais aussi et surtout une relation de collaboration et de confiance établie avec les hôpitaux internationaux et des partenariats avec les hôpitaux chinois pour former leurs infirmières.

Cette belle réussite c’est celle d’une quête enfin réalisée, celle de permettre un accompagnement global et indépendant pour les futures et jeunes mamans.

Tout au long de son témoignage Sarah nous aura emmené dans sa découverte du système médical mais aussi au cœur des traditions chinoises, de ce qui se joue dans l’intimité des familles, à l’arrivée d’un enfant. Elle aura suscité de nombreuses questions du public sur cette conception de la grossesse vécue par les chinoises comme une longue maladie et le peu de place faite par la famille pour que le lien se crée entre le nourrisson et sa mère… sans parler du père ! Il semblerait que la situation tende doucement à évoluer sur ce point. The Midwifery Clinic en est un acteur à son échelle !

* Sarah aura aussi donné de précieux conseils pour les entrepreneuses en herbe à Shanghai. En voici la liste non exhaustive :

> Ne vous lancez pas sans être entourée : conjoint ou amis. Et si c’est avec votre conjoint que vous vous lancez, alors il faut s’aimer très fort !

> Restez proche d’autres entrepreneurs.

> Parlez des points bloquants autour de vous : même à des personnes complètement extérieures au sujet, leur bon sens peut vous aider à trouver des solutions.

> Il n’est pas impératif de parler chinois si vous avez une bonne assistante chinoise.

> Entourez vous de bons avocats mais ne les écoutez pas a 100%. Trouvez la « zone grise »

> Prévoyez un budget pour les « imprévus »

> Méfiez-vous de la concurrence chinoises, les coups bas peuvent être terribles.

> Gardez un peu d’inconscience !

Plus d’information sur le parcours de Sarah dans cet article du Petit Journal 

Plus d’information sur The Midwifery Clinic (TMC) http://themidwiferycenter.com